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Non, la politique ce n’est pas de la merde! 

J’ai toujours été passionné par la politique; c’est ma mère qui m’en a donné la piqûre. Durant mes années d’enseignement en sciences politiques, ma priorité était d’y intéresser mes étudiants et étudiantes. Je peux vous dire que la tâche n’était pas facile.

Combien de fois ai-je entendu : « La politique, c’est de la merde! » Peu de mes élèves se disaient passionnés ou intéressés par le sujet. C’est dans ce contexte que je tentais de leur faire comprendre l’importance de la politique dans le monde, autant ici qu’ailleurs.

Je n’ai jamais caché mes orientations progressistes et indépendantistes, mais j’ai toujours précisé qu’il fallait démêler les opinions du professeur avec les faits. 

J’ai essayé du mieux que j’ai pu de démontrer un grand respect à l’égard des opinions contraires aux miennes, tout en faisant valoir que, vis-à-vis des choix ou décisions complexes ou difficiles, il ne pouvait y avoir de réponse simpliste ou définitive. Comme disait Nietzsche : « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude ». 

Faire de la politique, c’est d’abord gérer le bien commun. Rassembler le plus de gens possibles en vue d’objectifs communs. Travailler à rapprocher des gens qui ont des vécus et des intérêts différents et souvent divergents. Somme toute, c’est l’art de faire des compromis sans faire de compromissions. Tenter de faire plaisir au plus grand nombre, ou à tout le moins, obtenir la confiance du peuple. Faut-il le rappeler, dans une démocratie, il faut être élu!

Dans un monde de plus en plus individualiste, c’est un défi dont trop peu de gens semblent saisir l’ampleur.

Le rôle d’un gouvernement est de faire comprendre l’ensemble des tendances de la société, tout en voulant la faire progresser. Si mes étudiants avaient des opinions si négatives, c’est qu’ils ou elles les avaient sans doute entendues à la maison ou dans les médias. Cependant, ce phénomène n’est pas nouveau.

La politique a fait l’objet de critiques à toutes les époques, que ce soit du temps des Grecs ou de Voltaire, qui disait notamment : « La politique est-elle autre chose que l’art de mentir à propos? »

Aujourd’hui, on entend de plus en plus souvent que la critique c’est bien, mais que des solutions, c’est mieux. Dans la course effrénée à la consommation et à l’argent, difficile de faire ressortir le bien commun. Beaucoup de citoyens ont bradé leur propre liberté en se surendettant et ils ne voient plus qu’une solution, les baisses de taxes et d’impôts, sans se rendre compte que cela met en péril des services qui, au final, coûtent plus cher individuellement que s’ils sont assumés collectivement.

Où sont passés nos idéaux? 

Aujourd’hui, une bonne partie de la population semble décidée à croire que dans la société idéale, le Moi est roi. Mais la défense du bien commun ne se marie pas très bien avec les gros egos. D’autre part, on entend parfois des dépassé ». Qu’en est-il réellement?

Au moment où je me demandais si les grands idéaux avaient encore leur place, je suis tombé sur un petit volume publié aux éditions Marabout en 2010: « Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable? » de Michel Lacroix. Ce petit bouquin m’a redonné le goût de retravailler un texte pour proposer un nouveau projet de société aux Québécois et aux Québécoises.

La politique autrement 

J’ai lu tellement de livres dont le contenu critique occupait souvent plus de 90 % de l’espace, que j’avais décidé de faire l’inverse, étant persuadé que je pourrais faire un succès de librairie. Somme toute, je voulais faire de la politique autrement.

Je m’étais donné comme objectif de produire un écrit le plus positif possible pour démontrer qu’en politique, il était possible d’avancer des solutions.

J’ai sélectionné environ 75 propositions sur une centaine accumulées au fil de ma carrière et de divers engagements communautaires et politiques. J’en ai mis des heures durant plus de trente ans! Je n’étais pas peu fier lorsque j’ai fait parvenir mon ouvrage aux nombreuses maisons d’édition ciblées. C’est ainsi que débuta une longue et désespérante attente, entrecoupée de lettres stéréotypées de refus. Pas un mot d’encouragement. Et puis, la dernière lettre est arrivée. « Nous vous remercions de votre intérêt pour notre maison d’édition mais votre texte ne correspond pas à notre ligne éditoriale. »

J’étais sur le point d’abandonner. Mais voilà que revient une phrase que mon père m’a dit des dizaines de fois lorsque j’étais plus jeune: « Pas capable, y’est mort! ». J’ai pensé également à mon arrière-grand-père, fondateur de Péribonka, qui n’avait jamais abandonné malgré d’énormes difficultés. J’ai aussi pensé aux nombreux combats environnementaux gagnés à force de travail et de persévérance, alors qu’une foule de prophètes de malheur nous prédisaient une défaite assurée. C’est là que m’est venue l’idée de lancer un projet de média web.Je l’ai fait parce que je peux contribuer à améliorer les connaissances des citoyens envers le monde politique, tout en faisant progresser un certain nombre d’idées qui me sont chères, dont celle que la politique est le plus formidable moyen de changer la société.

Ceux et celles qui font de la politique savent que c’est un sport extrême. J’ai toujours été passionné par elle, depuis le moment où j’étais président de l’école, jusqu’à aujourd’hui. J’y ai tiré de grandes satisfactions, comme le fait d’avoir participé à l’amélioration ou la rédaction de certaines lois.

Il y a eu la réalisation de grands événements comme le Rendez-vous national de la forêt, l’adoption de la Charte du bois, l’obtention de subventions pour diverses municipalités ou organisations, le soutien à des personnes qui ne savent plus à qui s’adresser pour des services auxquels ils ou elles ont droit.

Il y a eu des discours en Chambre ou dans les caucus de députés, où j’ai pu démontrer la fierté que j’avais à représenter mes concitoyens et mes concitoyennes.

Il y a beaucoup de gratification dans la fonction politique. Mais il y a un prix à payer pour tout cela.

Un métier difficile 

Faire de la politique, c’est accepter de mener une vie de fou dans laquelle la famille est souvent sacrifiée : demeurer en fonction sept jours par semaine, quasi 24 heures sur 24.

C’est parfois faire une semaine de 100 heures pour te convaincre qu’en faire 90, ce n’est pas si pire. C’est faire jusqu’à 170 000 kilomètres de voiture par année. C’est entendre des critiques pas toujours justifiées.

C’est voir dans ton bureau un grand et solide gars de six pieds qui pleure parce qu’il est en train de perdre son entreprise, dû à la mauvaise situation du marché. C’est accepter qu’une bonne partie de ta vie soit publique.

C’est également un des rares métiers où tout le monde est au courant lorsque que tu n’obtiens pas le poste convoité. Pas toujours facile d’accepter une défaite. J’ai vu de très bonnes personnes perdre leur élection et sortir démolies de cette expérience.

Durant une campagne électorale de trente et quelques jours, je roulais 12 000 kilomètres et serrait pas moins de 10 000 mains. Je perdais de 10 à 12 livres… 

Je m’en voudrais de ne pas dire un mot sur la politique municipale, très exigeante, à cause, notamment, de la proximité des gens et à la faiblesse des moyens qu’on met à la disposition des municipalités. Les élus locaux rencontrent des gens qui ont habituellement de bonnes idées mais qui dépassent largement la capacité de payer de la municipalité. C’est d’autant plus vrai dans les petites localités, où les maires et les mairesses qui travaillent à temps plein reçoivent moins de 10 000 $ par année. Ces gens ont beaucoup de mérite.

J’en ai vu qui ne prenaient jamais de vacances, si ce n’est deux ou trois jours durant l’été.

Je ne suis pas sûr de refaire de la politique un jour parce que je sais ce que cela implique. Mais j’aurai toujours un grand respect pour ceux et celles qui en font, quel que soit le parti ou le niveau de gouvernement.

Je crois que le monde politique a besoin de plus de respect. Non, la politique ce n’est pas de la merde.

Il y a, bien sûr, quelques merdeux, comme dans toutes les professions, mais sans doute beaucoup moins que dans le monde du business et de l’argent, où la cupidité semble parfois ne pas avoir de limites.

Oui, il faut être exigeant envers nos leaders politiques. Mais pour faire de la politique autrement, il est essentiel de reconnaître qu’il s’agit d’une des tâches les plus difficiles qui puisse exister. Que ceux et celles qui ont déjà occupé cette fonction me lancent la première pierre si j’ai tort.

Par Denis Trottier


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